Analyse linéaire - Pot-Bouille - 1848 - Émile Zola - « L'accouchement d'Adèle »
Texte de l'extrait étudié
Aperçu gratuitLisez l'extrait ci-dessous. L'analyse linéaire détaillée est disponible dans le PDF payant.
– Il n’y a pas de bon Dieu! se disait-elle tout bas, avec un besoin de se parler et de s’entendre. C’est trop long, ça ne finira jamais.
Pourtant, le travail de préparation s’avançait, la pesanteur descendait dans ses fesses et dans ses cuisses. Même lorsque son ventre la laissait un peu respirer, elle souffrait là, sans arrêt, d’une souffrance fixe et têtue. Et, pour se soulager, elle s’était empoigné les fesses à pleines mains, elle se les soutenait, pendant qu’elle continuait à marcher en se dandinant, les jambes nues, couvertes jusqu’aux genoux de ses gros bas. Non, il n’y avait pas de bon Dieu! Sa dévotion se révoltait, sa résignation de bête de somme qui lui avait fait accepter sa grossesse comme une corvée de plus, finissait par lui échapper. Ce n’était donc pas assez de ne jamais manger à sa faim, d’être le souillon sale et gauche, sur lequel la maison entière tapait: il fallait que les maîtres lui fissent un enfant! Ah! les salauds! Elle n’aurait pu dire seulement si c’était du jeune ou du vieux, car le vieux l’avait encore assommée, après le mardi gras. L’un et l’autre, d’ailleurs, s’en fichaient pas mal, maintenant qu’ils avaient eu le plaisir et qu’elle avait la peine! Elle devrait aller accoucher sur leur paillasson, pour voir leur tête. Mais sa terreur la reprenait: on la jetterait en prison, il valait mieux tout avaler. La voix étranglée, elle répétait, entre deux crises:
– Salauds!… S’il est permis de vous coller une pareille affaire!… Mon Dieu! je vais mourir!
Et, de ses deux mains crispées, elle se serrait les fesses davantage, ses pauvres fesses pitoyables, retenant ses cris, se dandinant toujours dans sa laideur douloureuse. Autour d’elle, on ne remuait pas, on ronflait; elle entendait le bourdon sonore de Julie, tandis que, chez Lisa, il y avait un sifflement, une musique pointue de fifre.
Quatre heures venaient de sonner, lorsque, tout d’un coup, elle crut que son ventre crevait.
Au milieu d’une douleur, il y eut une rupture, des eaux ruisselèrent, ses bas furent trempés.
Elle resta un moment immobile, terrifiée et stupéfaite, avec l’idée qu’elle se vidait par là.
Peut-être bien qu’elle n’avait jamais été enceinte; et, dans la crainte d’une autre maladie, elle se regardait, elle voulait voir si tout le sang de son corps ne fuyait point. Mais elle éprouvait un soulagement, elle s’assit quelques minutes sur une malle. La chambre salie l’inquiétait, la bougie allait s’éteindre. Puis, comme elle ne pouvait plus marcher et qu’elle sentait la fin venir, elle eut encore la force d’étaler sur le lit une vieille toile cirée ronde, que madame Josserand lui avait donnée, pour mettre devant sa table de toilette. Et elle était à peine recouchée, que le travail d’expulsion commença.
Pourtant, le travail de préparation s’avançait, la pesanteur descendait dans ses fesses et dans ses cuisses. Même lorsque son ventre la laissait un peu respirer, elle souffrait là, sans arrêt, d’une souffrance fixe et têtue. Et, pour se soulager, elle s’était empoigné les fesses à pleines mains, elle se les soutenait, pendant qu’elle continuait à marcher en se dandinant, les jambes nues, couvertes jusqu’aux genoux de ses gros bas. Non, il n’y avait pas de bon Dieu! Sa dévotion se révoltait, sa résignation de bête de somme qui lui avait fait accepter sa grossesse comme une corvée de plus, finissait par lui échapper. Ce n’était donc pas assez de ne jamais manger à sa faim, d’être le souillon sale et gauche, sur lequel la maison entière tapait: il fallait que les maîtres lui fissent un enfant! Ah! les salauds! Elle n’aurait pu dire seulement si c’était du jeune ou du vieux, car le vieux l’avait encore assommée, après le mardi gras. L’un et l’autre, d’ailleurs, s’en fichaient pas mal, maintenant qu’ils avaient eu le plaisir et qu’elle avait la peine! Elle devrait aller accoucher sur leur paillasson, pour voir leur tête. Mais sa terreur la reprenait: on la jetterait en prison, il valait mieux tout avaler. La voix étranglée, elle répétait, entre deux crises:
– Salauds!… S’il est permis de vous coller une pareille affaire!… Mon Dieu! je vais mourir!
Et, de ses deux mains crispées, elle se serrait les fesses davantage, ses pauvres fesses pitoyables, retenant ses cris, se dandinant toujours dans sa laideur douloureuse. Autour d’elle, on ne remuait pas, on ronflait; elle entendait le bourdon sonore de Julie, tandis que, chez Lisa, il y avait un sifflement, une musique pointue de fifre.
Quatre heures venaient de sonner, lorsque, tout d’un coup, elle crut que son ventre crevait.
Au milieu d’une douleur, il y eut une rupture, des eaux ruisselèrent, ses bas furent trempés.
Elle resta un moment immobile, terrifiée et stupéfaite, avec l’idée qu’elle se vidait par là.
Peut-être bien qu’elle n’avait jamais été enceinte; et, dans la crainte d’une autre maladie, elle se regardait, elle voulait voir si tout le sang de son corps ne fuyait point. Mais elle éprouvait un soulagement, elle s’assit quelques minutes sur une malle. La chambre salie l’inquiétait, la bougie allait s’éteindre. Puis, comme elle ne pouvait plus marcher et qu’elle sentait la fin venir, elle eut encore la force d’étaler sur le lit une vieille toile cirée ronde, que madame Josserand lui avait donnée, pour mettre devant sa table de toilette. Et elle était à peine recouchée, que le travail d’expulsion commença.
Analyse linéaire (PDF)
🔒 Cette analyse est disponible à 3,50 €.
Connectez-vous ou créez un compte pour acheter cette analyse.
Ou abonnez-vous à Littébac pour un accès illimité (30,00 €/mois).