Analyse linéaire - Pot-Bouille - 1848 - Émile Zola - « De l'éducation féminine à la stratégie matrimoniale »
Pot-Bouille - Émile Zola
Texte de l'extrait étudié
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C’était, en elle, un appétit grandissant de liberté et de plaisir, tout ce qu’elle se promettait dans le mariage étant jeune fille, tout ce que sa mère lui avait appris à exiger de l’homme. Elle apportait comme un arriéré de faim amassée, elle se vengeait de sa jeunesse nécessiteuse chez ses parents, des basses viandes mangées sans beurre pour acheter des bottines, des toilettes pénibles retapées vingt fois, du mensonge de leur fortune soutenu au prix d’une misère et d’une saleté noires. Mais surtout elle se rattrapait des trois hivers où elle avait couru la boue de Paris en souliers de bal, à la conquête d’un mari: soirées mortelles d’ennui, pendant lesquelles, le ventre vide, elle se gorgeait de sirop; corvées de sourires et de grâces pudiques, auprès des jeunes gens imbéciles; exaspérations secrètes d’avoir l’air de tout ignorer, lorsqu’elle savait tout; puis, les retours sous la pluie, sans fiacre ; puis, le frisson de son lit glacé et les gifles maternelles qui lui gardaient les joues chaudes. À vingt-deux ans encore, elle désespérait, tombée à une humilité de bossue, se regardant en chemise, le soir, pour voir s’il ne lui manquait rien. Et elle en tenait un enfin, et comme le chasseur qui achève d’un coup de poing brutal le lièvre qu’il s’est essoufflé à poursuivre, elle se montrait sans douceur pour Auguste, elle le traitait en vaincu.
Peu à peu, la désunion augmentait ainsi entre les époux, malgré les efforts du mari, désireux de ne pas troubler son existence. Il défendait désespérément son coin de tranquillité somnolente et maniaque, il fermait les yeux sur les fautes légères, en avalait même de grosses, avec la continuelle terreur de découvrir quelque abomination, qui le mettrait hors de lui. Les mensonges de Berthe, attribuant à l’affection de sa sœur ou de sa mère une foule de petits objets dont elle n’aurait pu expliquer l’achat, le trouvaient donc tolérant; même il ne grondait plus trop, lorsqu’elle sortait le soir, ce qui permit deux fois à Octave de la mener secrètement au théâtre, en compagnie de madame Josserand et d’Hortense : parties charmantes, après lesquelles ces dames tombèrent d’accord qu’il savait vivre.
Peu à peu, la désunion augmentait ainsi entre les époux, malgré les efforts du mari, désireux de ne pas troubler son existence. Il défendait désespérément son coin de tranquillité somnolente et maniaque, il fermait les yeux sur les fautes légères, en avalait même de grosses, avec la continuelle terreur de découvrir quelque abomination, qui le mettrait hors de lui. Les mensonges de Berthe, attribuant à l’affection de sa sœur ou de sa mère une foule de petits objets dont elle n’aurait pu expliquer l’achat, le trouvaient donc tolérant; même il ne grondait plus trop, lorsqu’elle sortait le soir, ce qui permit deux fois à Octave de la mener secrètement au théâtre, en compagnie de madame Josserand et d’Hortense : parties charmantes, après lesquelles ces dames tombèrent d’accord qu’il savait vivre.
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